Chronique : Sexe, lies and online dating de Rachel Gibson

J’aime lire tout style de livres : essais et romans, dans beaucoup de genres différents. Sachant que toutes les histoires ne peuvent pas être de la même qualité, je tombe de temps en temps sur des perles, ou sur des textes qui me rappellent que la qualité principale pour être publié n’est ni le talent, ni la maîtrise des techniques de narration mais bien la persévérance. Le texte en italique est ma voix off.

Le livre dont je vais vous parler est écrit par une auteur qui a été plusieurs fois publiée. Ses livres sont bien placés dans les classements de vente de Facebook et son terrain de jeu habituel est l’écriture de  romances avec des joueurs de Hockey.

Sex lies and online dating est sa première incursion dans le domaine de la romance policière.

L’histoire

Lucy est auteur de romans policiers. Elle connait un certain succès. Depuis quelques temps, elle a décidé d’utiliser internet pour rencontrer des hommes. Elle boit un café avec eux, leur dit poliment au revoir et ne les recontacte jamais. En fait, les rencontres amoureuses ne l’intéressent pas. Elle se documente pour son futur roman dont l’histoire est centrée autour d’une tueuse qui attire les hommes par le biais de sites de rencontre, se fait ensuite inviter chez eux pour une partie de jambes en l’air avant de leur scotcher un sac plastique sur la tête et de les regarder lentement mourir.

Dans la petite ville de Boise où réside Lucy, la réalité semble avoir rattrapé la fiction. Trois hommes ont été retrouvés morts, nus, menottés à leur lit, un sac de pressing scotché sur la tête. La police mène son enquête et n’a révélé que peu d’éléments à la presse. L’inspecteur Quinn McIntyre est chargé du dossier. Il a déjà découvert que la tueuse, que ses collègues ont subtilement surnommée “Breathless”, recrute ses proies via le net. Il a donc créé un faux profil dans l’espoir de l’attirer dans ses filets.

La rencontre entre Quinn et Lucy est inéluctable. Elle croit qu’il est plombier, il fait semblant de croire qu’elle est infimière (mais en bon flic qu’il est, Quinn a déjà percé la véritable identité de Lucy à jour).

L’une des premières conversations entre Lucy et Quinn tourne bien évidemment autour de Breathless. Il essaye de lui faire dire qu’elle est la tueuse, elle frime en lui expliquant que la police n’a rien de concrêt. C’est malin, tiens. En même temps, elle s’en fiche, puisqu’elle n’a aucune intention de le revoir : elle a une deadline à respecter, madame-monsieur, et que les hommes ne sont qu’une vaste perte de temps.

Quinn, pour sa part, se dit qu’elle en sait trop pour être honnête et insiste – c’est à dire l’appelle deux fois – et réussit à la convaincre de le revoir. La suite n’est que quiproquos en séries et sautes d’humeurs de la demoiselle.

Observations, questions et haussement de sourcil 

Lucy est présentée comme une femme intelligente, érudite et indépendante. Que demande le peuple ? Qu’elle soit jolie en plus ? ça tombe bien, c’est le cas.

Là je me demande pourquoi Lucy n’a pas fait le rapprochement entre l’histoire qu’elle est en train d’écrire et les trois meurtres dont le modus operandi ressemble furieusement à celui qu’elle décrit dans son histoire.

Là je me demande aussi pourquoi Lucy, qui écrit des romans policiers et qui a bien remarqué que quelque chose cloche chez ce charmant et fort et grand et bel homme qu’est Quinn, ne mène pas son enquête à son propos.

Là, je me demande (beaucoup trop de choses) pourquoi, Lucy qui est une femme indépendante se prend la tête au bout du premier appel de Quinn pour savoir si oui ou non elle doit sortir avec lui et si oui ou non il a vraiment envie d’elle et si oui ou non, il l’apprécie vraiment, bla, bla, bla…

Et là, je ne me demande plus rien. J’ai fini le livre et je suis attérée.

Se pourrait-il qu’un personnage féminin fort ne puisse pas avoir sa place dans la littérature sentimentale ?

Se pourrait-il qu’un personnage féminin intelligent n’ait pas le droit de citer dans ce genre ?

Que dire des personnages féminins indépendants alors ? Qu’ils ne collent pas au genre ? Ce n’est pas une réponse satisfaisante. Le chemin d’un tel personnage vers une vie de couple heureuse serait fortement intéressant je pense.

Parlons des scènes de sexe

La première scène de sexe du livre se déroule chez Quinn. Il a attiré Lucy chez lui pour la pousser à le tuer (parce qu’il croit encore qu’elle est Breathless et que c’est son boulot de déshabiller les suspectes sexies). Son appartement est presque entièrement truffé de micros et de caméras qui enregistrent tout. Quinn et Lucy rentrent chez lui, discutent et finissent par se peloter. Première scène de sexe du livre. Littéralement, ils ont envie de se toucher tout partout, se touchent tout partout et frémissent au premier contact.

Quitte à écrire des scènes de sexe, autant évoquer les choses précisément, la topographie d’un corps varie grandement d’une zone à l’autre. C’est comme si l’auteur avait écrit une scène dans un avion et que le pilote ne faisait pas la différence entre l’altimètre et les palonniers : le crash est assuré.

Et l’antagonisme et l’adversité dans tout ça ?

Une histoire avec une tueuse en série devrait nous faire  frissonner de peur (au moins)  pour les personnages. Dans ce livre, Breathless est présente par le biais de l’évocation récurrente mais elle n’est jamais mise en avant (il ne faudrait pas attirer l’attention du lecteur sur autre chose que les états d’âme de l’héroïne). Elle n’apparait véritablement que dans deux scènes, une première fois derrière un comptoir, apparemment inoffensive, puis dans sa maison où elle a réussit à attirer Lucy. Et là, elle finit par la menacer et lui envoyer un coup de point dans la figure. Wow. C’est une véritable dure à cuire. Mais heureusement, Quinn arrive et l’immobilise. Lucy est sauvée.

Ce qui me gène dans ce roman, au delà de la paresse de l’auteur sur de nombreux points dont l’écriture, c’est qu’il véhicule l’idée qu’une femme est forcément une petite chose fragile qui a besoin des bras fort et musclés d’un homme héroïque pour la remettre dans le droit chemin : celui de la vie de famille et des fourneaux.

Autre détail, Fifty Shades a fait des émules : dans ce livre aussi, les personnages penchent beaucoup la tête. Si tout le monde agissait de la sorte dans la réalité, les ostéos deviendraient les rois du monde.

Pourquoi avoir lu ce livre alors ?

  1. Je ne savais pas que ce livre serait une ode à la persévérance des lecteurs ;
  2. ma curiosité naturelle me pousse à lire tout ce qui me tombe sous la main ;
  3. comme Scott Cunningham l’a dit un jour, il faut lire de mauvais livres (bad books) pour savoir reconnaître un bon lorsqu’on en trouve un. Nul doute que le prochain me paraîtra fabuleux en comparaison.

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