« Plot Point 1 ! » ou la malédiction du lecteur de Stein et consorts.

Il y a quelques jours , bien installée au chaud de mon lit , savourant un polar, ma voix interne s’est écriée « Plot Point 1 » et je n’ai plus réussi à me replonger dans l’histoire. Im-po-ssi-bleuh.

Plot Point quoi ?

Plot Point 1, ou l’un des tournants de l’histoire, identifié dans beaucoup de livres consacrés à la structuration des romans comme le moment où le protagoniste n’agit plus en réaction à quelque chose mais devient proactif car il est poussé par un événement à prendre les mesures ad hoc pour se sortir de la merde de l’embarras.

J’ai lu plusieurs de ces livres et je pensais sincèrement avoir oublié 95 % de leur contenu. Apparemment, ce n’est pas le cas. Les connaissances théoriques que j’ai pu acquérir en lisant Stein, Lukeman, Card et les autres bons samaritains du creative writing ont ruiné ma soirée de lecture (ce qui n’est pas anodin- en ce qui me concerne c’est un casus belli au même titre que me piquer mes Danette).

Pourquoi, mais pourquoi je continue de lire ces livres ?

Parce que c’est dans ma nature. Parce que je lis tout ce que je trouve sur les sujets qui m’intéressent, parce que je suis toujours à la recherche d’un moyen de m’améliorer en termes d’écriture et, de préférence, dans un livre.

Aussi parce que j’aime la diversité des points de vue proposés dans les différents livres de creative writing et que cela me permet de me forger ma propre opinion.

Concrêtement, qu’est-ce que j’en fais ?

Dans un premier temps, je les lis, je les anote, je les relis et puis je les range sur l’étagère de ma bibliothèque qui leur est réservée. Et ensuite, j’essaye d’oublier leur contenu – plus ou moins consciemment – je prends du recul, surtout je prends du recul. Il n’y a rien de pire que d’être en train d’écrire une scène et de se bloquer parce qu’on a pas respecté une règle contenue dans le dernier guide d’écriture qui nous est passé entre les mains.

D’ailleurs, tous les livres de creative writing n’édictent pas des règlent.

Finalement, qu’est-ce que ça m’apporte ?

Honnêtement, beaucoup de choses.

  • J’ai fini par comprendre la différence entre l’histoire et son plot. Ce n’était pas une mince affaire.

  • J’ai pu apprendre et appliquer des méthodes qui m’aident au quotidien.

  • J’ai découvert qu’il n’y a aucune vérité absolue en ce qui concerne l’écriture en dehors de “ si tu veux que ton histoire soit écrite, assieds-toi et mets-toi au boulot”. Ce qui existe, ce sont surtout des conseils qui nous conviennent – ou pas.

  • Je me suis constituée une petite bibliothèque de livres de références, largement soulignés, annotés, cornés et recouverts de post-its.

  • Je me sens moins seule face à mes problèmes existentiels. En fait, ils sont partagés par tellement de personnes que des auteurs écrivent des livres pour proposer des solutions.

  • J’apprécie encore plus les livres bien écrits.

Les inconvénients ?

  • Lorsque je lis un livre sur l’écriture, je ne suis pas en train d’écrire.

  • Lorsque je lis un livre de fiction, mes connaissances théoriques en matière de creative writing prennent rapidement le dessus sur le pacte fictionnel et je passe plus de temps à analyser le texte qu’à en profiter.

  • Je ne regarde plus ni les séries ni les films de la même manière. J’aimais être bon public, avant.

Mon article précédent sur les livres de creative writing